Interview de Katell Chabin

Interview de Katell Chabin

Mais qui es-tu ? Quel est ton parcours ?

Je suis une meuf ordinaire ! Je suis bretonne, mais j’ai toujours vécu en région parisienne. La Bretagne, c'est ma « happy place ». Je m’y ressource, j’y respire un bon coup, je me reconnecte à ma famille. Je me sens plus chez moi là-bas qu'ici, et d'après ce qu’on me dit, je suis une autre personne quand j'y suis ! (rires)
J’ai un master en arts graphiques, j’ai étudié dans une école que j'ai choisie simplement parce qu'elle recrutait sur dossier et que je voulais éviter les oraux. Ne faites pas ça ! (rires) Ceci dit, mes études m’ont permis de développer mon œil artistique et d'apprendre les bases du dessin. J'ai ensuite travaillé pour un magazine de jeux vidéo, que je mettais en page. J'ai toujours travaillé dans de petites équipes, car je ne me voyais pas perdue dans de grandes agences. Après un burn-out là-bas, j'ai pris un job alimentaire complètement différent, derrière un comptoir à devoir interagir avec des gens au quotidien. Moi qui venais de passer quatre ans derrière mon écran, j’ai dû sortir de ma zone de confort… et m'a fait du bien ! J'ai même découvert que j'étais plutôt douée !

 

Comment ton projet a-t-il vu le jour et quelle en est l’origine ?

J’ai commencé la linogravure sur mon temps libre, en 2019. Quand j’ai décidé de me reconvertir en 2021, j’ai voulu devenir fleuriste. Je me suis demandé ce qui attirait toujours mon attention dans la rue, et c’était souvent les devantures pleines de fleurs. En plus, c’est un métier que je pouvais pratiquer n’importe où et qui a un côté intemporel que j’affectionne. Après mon CAP, j’ai été embauchée par une fleuriste qui fait partie du Collectif de la fleur française. Travailler avec des personnes en phase avec mes valeurs éthiques est important pour moi : s'approvisionner chez des producteurs locaux, respecter la saisonnalité, la traçabilité... Mais c’est un métier très physique, et j’ai dû m’arrêter pendant plusieurs mois à cause de tendinites. Mon contrat s’est terminé à l’automne dernier. Ensuite, je me suis retrouvée au chômage, mais je ne pouvais pas rester inactive. J’ai ce besoin étrange de réaliser au moins un projet marquant par an. En 2022, c’était mon CAP, et pour 2023, je n’avais encore rien accompli. J’ai alors décidé d’intégrer les fleurs séchées à mon entreprise individuelle, j’ai confectionné des couronnes de fleurs séchées, des bouquets et des couronnes de sapin pour un marché de Noël en seulement quelques semaines ! C’était intense, j’étais bien entourée et j’ai pu cocher ma case pour l’année !
Au printemps 2024, j’ai repris un boulot derrière un comptoir, ce qui me laisse moins de temps pour créer. Le Pink Power Store est donc devenu un bon objectif pour me replonger dans mes encres et mes fleurs !

 

Tu as accepté notre invitation pour le PPS, quelle sera ta sélection pour la boutique ?

Je dois avouer que j’ai encore un peu de mal à me décider ! Il y a des créations dont je suis certaine qu’elles seront dans le store, et d’autres que j’aimerais trouver le temps de réaliser. Grâce aux couronnes de fleurs, j’ai déjà une belle palette de couleurs pour égayer les murs et côté linogravures, je garantis au moins des crânes et des pieuvres ! (rires) Les impressions format A4 se mêleront à des cartes de vœux sans texte aux motifs monochromes automnaux… J’ai si hâte de voir tous nos univers cohabiter !

 

Tu nous as fait une confidence touchante au sujet de ta participation au Pink Power Store. Est-ce que tu accepterais de la partager ?

Eh bien il se trouve que votre invitation est arrivée une poignée de jours après que ma maman m’a annoncé son troisième cancer. Participer à cet événement, c’est l’occasion inattendue de me focaliser sur un projet pendant les prochaines semaines, qui plus est dans le cadre d’Octobre Rose ! Je suis particulièrement touchée et honorée de faire partie de cette première édition, et je lui ai parlé du store : elle est absolument ravie !

 

Comment es-tu venue à pratiquer la linogravure ?

J’ai toujours suivi des artistes qui faisaient de la linogravure, ça m’a tout de suite parlé. J’aime les motifs aux contours nets, la variété des styles, des teintes d’encres, des textures de papier. Il y avait aussi un mystère autour de cette technique qui me fascinait, et ça semblait tellement relaxant et satisfaisant à faire ! Alors je me suis lancée. Travailler en monochrome me plaît, parce que je suis moins à l’aise avec la couleur et comment l’utiliser. Cela me permet de m’amuser sans avoir à me soucier de la gestion des couleurs. Pendant un temps, je streamais sur Twitch en réalisant mes linos, pour partager les coulisses de leur création. J’étais tellement absorbée que parfois, je ne levais pas le nez de ma plaque pendant dix minutes, alors que j’étais censée interagir et commenter ! (rires) C’est pour ça que je dis que c’est relaxant, je suis complètement dans ma bulle quand je m’y mets, et je ressens la même chose avec les fleurs. Il y a tout un processus : choisir le papier, l’encre, et même écouter le bruit du rouleau sur l’encre, ce sont plein de petites choses qui me font plaisir. Les premières étapes, comme le dessin et le transfert, sont plus techniques, mais une fois que je commence la taille, c’est comme une promenade. 

 

C’est un projet à deux têtes (fleurs et lino), comment expliques-tu ce besoin de dualité ?

C’est vrai que j’ai deux comptes Instagram pour mes créations ; mon compte de linogravure (kat_print) me servait à la base à documenter mes créations et centraliser les comptes d’artistes que je suivais, avant même de penser à vendre quoi que ce soit. Les fleurs, elles, ont trouvé leur place sur mon compte perso, notamment parce qu’elles ont fait partie de mon quotidien au boulot. Visuellement, on pourrait penser que c’est assez opposé, mais ce que j’aime avec les fleurs, c’est à nouveau de pouvoir associer des textures, des formes et des couleurs à ma manière. C’est un peu comme si j’étais sur un chemin en noir et blanc lorsque j’explore la linogravure, et lorsque je joue avec les fleurs, je prends une petite route qui ne s’en éloigne pas trop, sur laquelle je peux enfin m’aventurer dans la couleur. Les fleurs ont cette fragilité, ce côté éphémère, tandis que la lino s’inscrit dans la durée. On retrouve dans ces deux artisanats de la minutie et un travail de composition. Ce sont mes deux chemins complémentaires, et je passe de l’un à l’autre en fonction de mes envies !

 

De qui est composée ta clientèle ?

Pour la lino, au début, c’était surtout des copains. J’ai deux amis qui en ont acheté au moins quatre chacun depuis que j’ai commencé ! Une fois, c’est pour être gentil, deux fois, c’est vraiment sympa, mais quatre, ça veut dire qu’ils aiment vraiment ce que je fais ! (rires) À partir de cinq, je me demande ce que je dois leur offrir en retour pour compenser leurs achats ! (rires) Je manque souvent de confiance en moi, et c’est mon entourage qui m’a encouragé à me lancer et à vendre mon travail. Je me disais « au pire, je ne vendrai rien ».
Actuellement, mes client·e·s semblent être des personnes de notre tranche d’âge, mais en vendant depuis peu sur Etsy, j’ai moins de visibilité sur les profils. En linogravure ma clientèle est plus mixte qu’en fleurs séchées. J’ai surtout à cœur que mes créations fassent plaisir, quelle que soit la personne qui l’appréciera !

 

Comment tu t’organises en termes de créativité ? Quelle est ta routine de travail ?

J’aime bien travailler avec une série ou de la musique en fond, un bon thé, le chat pas loin. Généralement lorsque je commence, ma journée y passe sans que j’y prête attention. Il y a une phase de recherche, jusqu’à ce que j’aie un coup de cœur (un super champignon que je veux voir en lino, ou une palette de couleurs qui m’inspire), et ensuite j’attaque ! Il faut savoir que je n’ai pas pour projet à moyen terme de vivre de cette activité – un jour, peut-être – mais je sens que cela demande une certaine rigueur et une bonne dose d’énergie pour gérer un flux constant de commandes. Pour moi, chaque moment de création est surtout un moment de détente, et je me demande si, en en faisant mon activité principale, le plaisir resterait. Est-ce que je ne finirais pas par orienter mes créations selon la demande ? C’est une pression que je n’ai pas encore envie de gérer.

 

Qui influence le plus ce que tu produis ?

Je fonctionne au coup de cœur. Je m’inspire de ce que j’observe au quotidien, j’ai des dossiers remplis d’idées potentielles, des photos que je garde de côté, des post-its plein le téléphone. En ce moment, par exemple, j’aimerais bien travailler sur les morilles. Je ne sais pas pourquoi, visuellement elles m’amusent. Mes couronnes de fleurs séchées, je passe mon temps à les défaire et les refaire parce que je trouve une nouvelle palette de couleurs dans un bouquet de fleurs fraîches et que je veux l’essayer avec des fleurs séchées !

 

Pour conclure, aurais-tu une anecdote “girl power” à partager ?

Je suis fière d’avoir un jour posé ma dem parce que j’estimais que mon travail et mon temps avaient plus de valeur que celle qu’on leur accordait.
Et sur une note plus légère, il y a quelque chose que j'ai commencé à faire ces derniers mois, c'est me réapproprier mon espace dans la rue. J'ai constaté qu'à chaque fois que j'avance sur un trottoir et qu'un homme vient face à moi, c'est *toujours* moi qui me pousse pour éviter la collision. J'ai décidé que je ne me décalerai plus, lorsqu'il a la place de s'écarter. J'accepte désormais de me faire cogner l'épaule pour deux raisons : la satisfaction de ne pas lui (leur) céder davantage d'espace, et d'autre part, lui aussi se tapera un bleu à l'épaule et ne l'aura pas volé !

 

 

 Crédits photo : 2in 

Retrouvez les créations de Katell ici : https://katell-chabin.fr/