Plusieurs bénéficiaires de l’association Skin ont accepté de partager leur parcours et l’impact de l’association sur leur vie. Créée pour accompagner les personnes touchées par le cancer à travers des activités artistiques et culturelles, Skin offre un espace de soutien, de créativité et de résilience.
À travers leurs témoignages, ces femmes expliquent comment Skin les aide à se reconstruire, à sortir du cadre médical et à retrouver des moments de légèreté.
La question posée à chacune :
"Peux-tu nous parler de ton parcours et de l’impact que l’association Skin a eu sur toi ?"
Ségolène
Je me suis réveillée un matin avec une voix de crécelle. A partir de ce moment, je n'ai pas lâché prise pour renouveler mes multiples rendez vous médicaux parce que je sentais que quelque chose était défaillant.
Au bout d'un mois et demi il m'aura fallu le résultat d'un scanner pour fondre en larmes et dire que j'avais un cancer.
Personne n'y croyait pas même les médecins, la tuberculose était en tête de liste .
6 mois d’errance médicale, puis une opération. C’est en salle de réveil qu’on m’a annoncé que j’avais un cancer, me laissant seule face à cette nouvelle.
Ensuite, tout s’est enchaîné : chimiothérapie, radiothérapie.
À l’époque, vivant à Paris avec mon conjoint, j’ai décidé de retourner à la campagne, près de ma famille et de mes amis proches. J’ai traversé cette période dans mon cocon, en me réfugiant dans une routine sportive et une alimentation très stricte, bannissant les sucres. En février 2020, on m’a annoncé ma rémission, un mot avec lequel j’ai toujours du mal.
J’ai repris ma vie, mais en septembre 2020, on m’a annoncé une rechute : le cancer s’était métastasé au cerveau. J’ai alors décidé de retourner à Paris pour reprendre ma vie avec mon conjoint.
J’ai alors compris que je devais vivre comme je l’entendais, en mangeant sainement, mais sans les mêmes contraintes. Puisque le cancer me prouvait que s’il voulait revenir, il revenait.
Un traitement quotidien a bien fonctionné, mais un an plus tard, nouvelle rechute au cou.
Je suis désormais suivie pour un cancer métastatique avec une prise de médicament quotidienne qui stoppe la progression des cellules cancéreuses et me sauve la vie chaque jour.
Pendant le Covid, je n’ai pas pu bénéficier de l’aide d’une asso que je ne citerais pas. Je me suis alors dit : ‘si je ne peux pas m’aider moi, alors je vais aider les autres.’
J’ai vu un message passé sur Instagram : l’association Skin cherchait un.e bénévole pour organiser des sorties. J’ai échangé avec Cécile, la fondatrice. Nous partagions la même vision : chez Skin, l’humain est au centre, pas la maladie.
Aujourd’hui, je suis passionnée par mon rôle au sein de l’association. J’ai trouvé du sens, non pas en cherchant pourquoi j’ai eu ce cancer, mais en transformant cette folle aventure en aidant les autres.
Travailler sur des projets comme celui que nous menons ensemble est une véritable source d’inspiration et de satisfaction.
Kathi
Moi, c’est Kathi. J’ai 48 ans et un fils de 24 ans. En avril 2023, j’ai été diagnostiquée d’un cancer du sein. Une voix m’a avertie pendant la nuit, en me disant : « t’as une boule ». Mon doigt a trouvé une petite perle, mais la tumeur, non palpable, était plus profonde, près du pectoral. Mon gynéco m’a envoyée faire une mammographie et une IRM. Après plusieurs examens, la biopsie a révélé un cancer triple négatif, infiltrant.
J’ai suivi un traitement associant chimiothérapie et immunothérapie pendant six mois pour réduire la tumeur avant l’opération. J’ai eu la chance de conserver mon sein avec une mastectomie partielle. Mon sein est plus petit, mais personne ne pourrait deviner que j’ai eu un cancer. Ensuite, j’ai fait de la radiothérapie et je continue mon traitement. Je suis désormais en surveillance, car on a découvert une mutation génétique prédisposant aux cancers du sein et des ovaires.
J’ai découvert l’association Skin récemment et j’ai adoré les activités proposées, surtout l’aspect artistique et les sorties variées, comme le rallye automobile que j’ai gagné (rires). Ce qui est important avec Skin, c’est qu’on sort du cadre médical. Le fait d’être ensemble et de partager des activités qui nous ramènent à une normalité de vie hors maladie, c’est essentiel. On a besoin de ça. On est loin de l’image sombre qu’on pourrait avoir, car malgré tout, on rit, on vit, et on se soutient à 1000%. Ce qui est fou, c’est que ce qu’on vit ensemble est tellement lumineux. On rit à gorge déployée, on profite pleinement de l’instant présent. Tant qu’on ne l’a pas vécu, on ne peut pas imaginer que, malgré tout ce qui nous arrive, on puisse encore se marrer et profiter autant de la vie.
"atelier 5 sens « le goût » avec Skin"
Charlotte
Moi, c’est Charlotte. J’ai eu un cancer en mars 2022, à 33 ans. Je n’ai rien senti au départ, c’est une douleur après un cours de sport en décembre 2021 qui m’a alertée. La douleur s’est intensifiée jusqu’à une décharge électrique dans le sein. J’ai eu de la chance, car j’avais un rendez-vous avec ma gynéco. Elle n’arrivait même pas à toucher mon sein tellement c’était douloureux, alors elle m’a envoyé faire une échographie. J’ai un peu laissé traîner, pensant que ce n’était rien, mais en mars, on a vu une boule à l’échographie. En voyant ça, j’ai tout de suite compris. Biopsie dans la foulée, et une semaine plus tard, on m’a annoncé que j’avais un cancer hormonodépendant.
J’ai des antécédents familiaux de cancer du sein, du côté paternel et maternel. J’ai commencé par une tumorectomie, et heureusement, malgré les 4 tumeurs, j’ai pu garder mon sein. Ensuite, j’ai dû passer par la préservation de la fertilité, ce qui a été très difficile à gérer : on nous parle d’une maladie grave, mais en même temps, on nous demande de penser à l’avenir. Après, il y a eu la chimio, la radiothérapie, et j’ai commencé l’hormonothérapie en décembre 2022.
Tout allait bien jusqu’en juin 2024, lors d’un contrôle de routine, où on a découvert une nouvelle boule dans le même sein. Après plusieurs examens, on a découvert que le cancer était revenu. J’ai subi une mastectomie avec reconstruction par prothèse. Maintenant, j’attends une deuxième mastectomie. J’ai échappé de peu à la chimio et on a ajusté mon traitement avec une double hormonothérapie.
J’ai découvert l’association SKIN à la fin de mon premier cancer, pendant la radiothérapie. Ce qui m’a tout de suite plu, c’est le côté créatif et le fait de pouvoir s’évader, de sortir de la maladie et de se découvrir des talents cachés. Avec SKIN, on fait de tout : on a visité le musée d’Orsay, on a dansé, on a dessiné… Je me souviens, avec les Georgettes, j’ai découvert des capacités que je ne me connaissais pas. C’est aussi un moyen de se rapprocher des autres, de communiquer différemment. On ne se présente plus par notre métier, mais par qui on est vraiment. Il y a une bienveillance entre nous qu’on ne trouve nulle part ailleurs. Un grand merci à SKIN, car c’est bien plus qu’une association, c’est un espace de partage et de guérison.
Jessica
Moi, c’est Jessica, j’ai 32 ans. J’ai été diagnostiquée en janvier 2022, à 29 ans. Aucun antécédent familial, rien du tout. On m’a dit que j’avais tiré le mauvais numéro à la loterie. J’avais vu deux gynécologues qui m’ont dit que je n’avais rien, donc j’y ai cru. Mais la masse dans mon sein continuait de grossir. J’ai insisté auprès de mon médecin traitant, qui m’a prescrit une échographie, en pensant que c’était des mastoses lié à la pilule. À l’écho, le radiologue m’a tout de suite envoyée faire une mammographie en urgence. Et là, on m’a dit : « C’est très certainement un cancer. Bonne soirée. » Je suis retournée voir le radiologue, qui m’a dit : « Ne cherche pas à comprendre, c’est comme ça. Maintenant, tu avances et tu vas à Curie. » Il m’a vraiment aidée à me mettre sur la bonne voie.
Ensuite, tout s’est enchaîné : biopsie, diagnostic, cancer du sein hormonodépendant avec atteinte ganglionnaire. J’ai eu chimio, mastectomie, curage axillaire, radiothérapie, et maintenant hormonothérapie. Ça fait bientôt deux ans, et il me reste encore trois ans de traitement. Ce qui m’a frappée, c’est que l’après-cancer a été plus difficile que le pendant. Pendant les traitements, on avance sans se poser de questions, on est dans l’action. J’avais même hâte de commencer la chimio pour “tout dégommer”. Mais après, c’est plus compliqué. On se relâche, et la peur que ça revienne est toujours là. Chaque douleur fait craindre le pire, et les séquelles des traitements rendent tout plus difficile.
C’est là que l’association SKIN m’a vraiment aidée. Beaucoup d’associations te lâchent une fois les traitements finis, mais pas SKIN. Ils sont là pendant, et surtout après. Ce soutien continu est essentiel, car tout le monde pense que, quand les traitements sont finis, tu peux reprendre ta vie normale. Mais ce n’est pas si simple. SKIN, c’est un cocon où on se retrouve entre nous, où on peut parler de ce qu’on vit, mais aussi faire des activités fun, se retrouver pour autre chose que le cancer. Ce mélange de soutien et de moments plus légers, ça fait vraiment du bien.
Nadia
Je m’appelle Nadia, j’ai 36 ans et j’ai été diagnostiquée en février 2021. Contrairement à d’autres, je n’ai ressenti aucune douleur. C’est en me rinçant sous la douche que j’ai découvert une boule dans mon sein. C’est étrange, mais jusqu’à présent, j’ai l’impression que mon corps m’a trahie, et je travaille cela avec un psy. J’ai eu la chance d’avoir un rendez-vous rapide chez le médecin, et en une semaine, tout était en route. Trois examens plus tard, on m’a annoncé que j’avais un cancer hormonodépendant. La seule chose dont je me souviens vraiment, c’est que je les ai suppliés de ne pas me retirer le sein. Ils ont décidé de commencer par la chimio pour voir si la tumeur diminuait suffisamment, et heureusement, c’est ce qui s’est passé. J’ai pu éviter une mastectomie et n’ai eu qu’une tumorectomie, suivie de radiothérapie. Aujourd’hui, je suis sous hormonothérapie depuis janvier 2022.
J’ai traversé tout cela dans le déni. J’ai continué à travailler, malgré les chimios, mais mes collègues, sur le chantier de la cathédrale de Chartres, ont fini par me dire que ça devenait ingérable. J’avais des collègues formidables qui ont aménagé mon emploi du temps. J’ai aussi intensifié ma pratique sportive, notamment la danse. J’avais cette conviction que si j’arrêtais de bouger, je risquais de mourir. Je me suis plongée dans toutes les danses possibles : danse africaine, haïtienne, tamouré…
C’est ce que j’ai aimé avec SKIN. Je ne voulais pas être en contact avec des personnes malades, c’était important pour moi de rester connectée au vivant. Avec SKIN, je n’ai pas eu l’impression d’être dans une association de malades. C’était tout le contraire. L’expression corporelle et créative était au centre de tout, ce qui m’a énormément aidée. Je trouve aussi que le soutien après les traitements est essentiel. SKIN m’a permis de me retrouver dans des choses plus humaines, hors de la maladie. C’est une véritable catharsis, même si je ne sais pas encore exactement quel projet artistique je veux mener. Mais je sens que ce processus m’aide à avancer.
Célia
Moi, c’est Célia. J’ai 28 ans et j’ai été diagnostiquée en mai 2023 d’un cancer de la gencive. Ça s’est découvert par hasard chez la dentiste, pendant un simple détartrage. Je n’avais aucune douleur, rien. Elle m’a dit qu’il y avait un truc suspect, donc je suis allée faire des examens. C’est là qu’on m’a confirmé que c’était bien un cancer. Dès fin juin, j’ai commencé la radiothérapie, et j’en ai eu pendant un an, jusqu’en juin 2024. Entre-temps, j’ai subi deux opérations, et on a découvert que mon cancer était métastatique. Cela signifie qu’il n’y a jamais vraiment d’après, on est toujours dedans, toujours à se poser des questions.
J’ai continué de travailler dans un musée jusqu’en janvier, malgré tout. Mes collègues ont été super et ont aménagé mon emploi du temps. Mais après l’annonce des métastases, j’ai dû ralentir et passer à la chimio. Maintenant, je travaille trois jours par semaine, et mes cheveux repoussent, ce qui est un soulagement.
J’ai découvert SKIN au mois d’avril grâce à Ségolène, qui m’a proposé un projet photo de photothérapie. J’avais l’impression que SKIN était réservé à l’après-cancer, mais elle m’a montré que ce n’était pas le cas. C’était une expérience géniale, et j’ai même pu inclure une de mes amies dans le projet. Ce qui m’a frappé dans mon parcours, c’est que les proches qui ont été là pour moi ne sont pas ceux auxquels je m’attendais. Ma famille n’a pas vraiment été présente, mais mes collègues et certains amis ont été formidables.
Je n’ai jamais complètement arrêté le sport. Avant le cancer, je faisais du breakdance, mais pendant les traitements, c’était trop dur. J’ai donc découvert les danses latines, et ça m’a fait un bien fou. J’ai aussi continué une activité de soufflerie, où tu apprends à voler comme un oiseau dans un tube en verre. Avec SKIN, j’ai même participé au Rallye des Amazones et terminé sur le podium. Ce qui est important avec SKIN, c’est qu’on partage des moments en dehors de la maladie, en dehors du cadre hospitalier, et ça fait un bien immense.
Projet photothérapie avec Blandine et Suzanne pour le projet Peau à Peau.